Cinéma




Ciné BvZ

Fiction de Rachid Hami

Rencontre Cinespace Beauvais

Le premier long-métrage de Rachid Hami n’est pas un film. C’est une belle mélodie avec une mise en scène sobre et une direction d’acteurs intelligente où les silences, bien placés, nous inspirent les pensées des personnages. 

Ce jeune réalisateur autodidacte démontre une volonté de ne pas trop intellectualiser le propos social, ni de tomber dans un misérabilisme tant vu auparavant et souvent déformé. 
Le prolétariat que nous décrit Rachid Hami, est comme tous milieux ou classes sociales. Les zones d’ombres existent, mais les zones lumineuses aussi. Ainsi les enfants restent des enfants avec leurs querelles et leurs joies. les parents aussi d'ailleurs.
A ce propos, la prestation de Kad Merad, tout en retenue dans le rôle du professeur de violon et en père aimant mais maladroit est éblouissante. Celle du jeune acteur Alfred Renely l’est aussi. Avec le reste de la distribution et un Samir Guesmi au jeu parfaitement dosé, La Mélodie est une pure merveille. 


La Mélodie. En salles le 8 novembre 2017.



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Au revoir là-haut  Sortie le 25 octobre 2017

Albert Dupontel

UN GRAND FILM, UNE BELLE ADAPTATION

Albert Dupontel réalisateur atypique dans le paysage cinématographique français vient de passer un cap que certains pensaient peut-être impossible. Le cap de la respectabilité. Avec son sixième long-métrage, Albert Dupontel vient de signer un grand film avec une adaptation du magnifique roman éponyme de Pierre Lemaitre. Un conte lumineux rempli d’images oniriques mais aussi réalistes notamment celles de la Grande Guerre. Il s’agit d’une sorte de conte sombre avec les travers de nos sociétés occidentales hiérarchisées et souvent divisées par des batailles d’argent, d’égo et d’orgueil.

« Au revoir là-haut » prend aux tripes. C’est beau, poétique et burlesque. Mais que les aficionados des personnages décalés de seconde zone, marginaux et autres laissés-pour-compte que Dupontel affectionne se rassurent, l’un des deux personnages centraux est interprété par Albert Dupontel lui-même. On y retrouve sa diction habituelle et son regard parfois perdu, parfois ahuri avec en prime des influences et des clins d’oeil aux artistes de l’époque venants du cinéma muet avec Buster Keaton et Charlie Chaplin et des arts avec entre autres une belle mise en lumière des oeuvres d’Egon Schiele.

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photo José Grubsi

Vous passerez par beaucoup d’émotions. Peur, dégout, légèreté, colère, bohneur, rires, mélancolie, injustice, tristesse.
Mais il serait dommage de trop vous en dévoiler. Si vous avez lu le livre, allez-y, vous aurez des surprises que Pierre Lemaitre accepta. Le romancier ne fut pas intrusif lors de l’écriture de l’adaptation de son Prix Goncourt 2013, nous explique Dupontel. Le cinéaste présent à cette avant-première ajoute que le romancier est venu lui rendre visite deux fois en plusieurs mois d’écriture.

AFFICHE de LAURENT LUFROY
Un conseil, fermer les yeux et bouchez-vous les oreilles lorsque vous découvrirez la bande-annonce. Inspectez plutôt l’affiche de Laurent Lufroy déjà très inspiré avec des réalisations que tout le monde a en tête, « The Artist », « Amélie Poulain » « Léon » et bien d’autres. L’image surréaliste et poétique nous offre des indices qui oeuvrent pour titiller votre imagination sur ce qu’il va se dessiner sur le grand écran lorsque vous serez assis confortablement dans votre fauteuil rouge.

LA TECHNIQUE
La production a réuni quinze millions d’euros. Du coup, le « Créateur » du « Vilain » exalte dans son inventivité pour une mise en scène splendide et sans prétention mais au combien imaginative. De superbes plans-séquences débutent parfois sur un reflet, sur une lumière ou sur un miroir. Ils peuvent survoler un chien, accompagner des personnages ou bien se mettre parfois en situation. Ils aident aussi à enrichir la dureté des situations de guerre. A ce sujet, le son très travaillé et détaillé est plutôt impressionnant. Avec le 7.1 expérimenté au Cinéspace amplifie considérablement la puissance du rendu. Magistral.
JADIS DUPONTEL
Il est loin le temps du comédien stand-up éberlué, salace et tellement détestable par les bons-pensants. A l’époque en 1991, avec son spectacle de stand-up intitulé « Sale Spectacle », l’humoriste conquis de nombreux fans en manque d'un humoriste au vitriole depuis la disparition de Coluche et de Pierre Desproges. Le style Dupontel est très différent de ses aînés mais attirent les mêmes spectateurs qui deviendront radicalement fidèles à toutes ses créations notamment avec son premier long-métrage « Bernie » qui sort en 1996. Un personnage corrosif hyper proche de ceux qu’il présente dans ses one-man-shows de l’époque.
L'AVENIR DU CINEASTE
Nous avions bien ressenti un léger virage en 2008 avec son quatrième film « Le Vilain », mais aujourd’hui avec « Au revoir là-haut », Albert Dupontel, scénariste, acteur et réalisateur nous surprend avec ce film qui indéniablement va remporter un succès et donc plus de facilité pour trouver des budgets à la hauteur de son talent pour ces futurs projets. Espérons qu’il s’agira d’un énorme succès lors de sa sortie le 25 octobre 2017.

France 1h57


Adaptation du roman de Pierre Lemaitre

Réalisation et scénario d’Albert Dupontel

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Emilie Dequenne, Héloïse Balster, Niels Arestrup, Mélanie Laurent.

Musique Christophe Julien. Chef opérateur Vincent Mathias

FILMO

1996 Bernie
1999 Le Créateur
2005 Enfermés dehors
2008 Le Vilain
2012 9 mois ferme
2017 Au revoir là-haut



Article Une suite qui dérange, Le temps de l'action

Sortie le 27 septembre 2017

Documentaire réalisé par Bonni Cohen et Jon Shenk avec Al Gore

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Plus de dix ans après, « Une vérité qui dérange » Al Gore revient avec UNE SUITE QUI DÉRANGE : LE TEMPS DE L’ACTION.

Film  documentaire qui sort dans les salles françaises.
Le but du premier film, oscarisé meilleur documentaire, était de dénonçer, ce deuxième volet trouve des solutions par des actions.

L’ancien vice-président de l’administration Clinton possède des ressources, des relations, de la diplomatie et un certain savoir-faire pour mettre en action des stratagèmes qui font entendre raison. L’aspect économique est toujours pris en compte. Sans cela, pas d’accords possibles, pas de solutions viables de manière pérenne.

Des exemples concrets sont décortiqués pour démontrer aux spectateurs que des solutions existent. Et cela, en partie par la pugnacité d’Al Gore et de ses trouvailles. Ainsi le problème de l’Inde, qui avait comme projet, la construction de 400 centrales à charbon, en est l’exemple parfait. Cette énergie fossile hautement polluante qui obscurcit le ciel de ce vaste pays sera une bataille qu’Al Gore gagnera.
Il aura fallu plusieurs mois de négociations, de réflexions, de coups de fils, puis la réactivité de son équipe pour faire basculer la balance. Le film montre cela avec des exemples concrets.

Voilà pour l’action. Certains estiment qu’Al Gore en fait trop, ou que le film lui est entièrement dédié. Non, il n’en fait pas trop. Oui, le film est en grande partie consacré à Al Gore. Mais surtout à son travail et à sa cause.
Avec son Prix Nobel, cet homme charismatique et passionné rentre dans l’histoire. Cela valait bien que l’on se penche sur l’homme et la manière dont il change les mentalités.
Ainsi, le spectateur suit l'homme politique devenu "défenseur de la planète", au bureau, en voiture et écoute même ses conversations téléphoniques. Toujours dans le but de démontrer la difficulté de négocier.

Les phrases choisies et son phrasé sont des éléments importants pour faire passer son message de manière efficace et avec de la diplomatie. Il ne parle pas forcément de "réchauffement climatique" mais de "crise climatique". Astucieux, cela instruit sur la manière dont Al Gore voit les choses. Avec des schémas, des tableaux et des graphiques, il argumente et met en évidence de manière scientifique, la crise climatique.
Ses conférences et ses ateliers de formation d’ambassadeurs liés à sa cause montrent les solutions, chiffre à l’appui. Solutions, appliquées par certains pays comme le Chili. Aujourd’hui le gouvernement chilien se consacre pleinement aux énergies vertes en association avec un plan économique de grande envergure et viable.

Mais rien n’est acquis et le film montre des images impressionnantes et spectaculaires de catastrophes climatiques liées aux activités humaines. A ce sujet, le film réalisé par Bonni Cohen et Jon Shenk bénéficie d’un beau travail de post-production. Des vidéos médiocres filmées par des téléphones portables sur le vif ont été étalonnées et stabilisées pour un rendu presque cinématographique. D’autres images, plus professionnelles tournées par des passionnés et autres chasseurs de tempêtes ont été choisies pour illustrer le propos d’« Une Suite Qui Dérange ».  On y découvre d’incroyables nouveaux phénomènes climatiques apparus ces toutes dernières années comme les « rain bombs », comprenez « bombes pluviales ». Cela fait penser à un seau d'eau que l’on déverserait sur une maquette représentant une ville. Ce phénomène stupéfiant filmé en timelapse démontre parfaitement à quel point le réchauffement de notre planète engendre des monstres que l'on pourrait qualifier de mutants climatiques.  


jon pitre



On est vivants de Carmen Castillo

Documentaire

Ciné rencontre à l'Asca de Beauvais

Beauvaizine s’est rendu le mardi 23 février 2016 au cinéma Agnès Varda pour visionner le documentaire de Carmen Castillo : On Est Vivants.

Sorti en 2014, il nous présente la lutte de différents mouvements militants à travers le monde.
Ainsi nous allons découvrir le quotidien des paysans sans terre au Brésil, des zapatistes au Mexique, de la guerre de l’eau en Bolivie, du DAL à Paris, de militants des quartiers nord de Marseille ou encore le conflit pour la sauvegarde de l’emploi dans les raffineries Total de Saint-Nazaire.

Carmen Castillo nous amène à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont décidé un jour que l’avenir qu’on leur proposait n’était pas à la hauteur de ce qu’ils étaient en droit d’attendre de la société.

La particularité de ce documentaire est qu’il est jalonné d’extraits de différents écrits de son ami philosophe et militant trotskiste Daniel Bensaïd mort en janvier 2010. Ses citations sont mises en relief par les différents combattants rencontrés aux quatre coins du monde. Au vu de ce film nous pouvons bien parler de combat voire même de combat acharner où nous découvrons qu’il ne faut jamais lâcher face aux injustices.

Pour les protagonistes de ce film, le militantisme permet de vivre, de ne jamais accepter la fatalité et de rêver à un monde meilleur.

Nous verrons ainsi le combat des militants du DAL pour reprendre un droit inné qui est d’avoir un toit sur la tête pour s’émanciper. La lutte des paysans sans terre du Brésil pour se réapproprier des terrains pour survivre mais aussi pour créer un environnement social permettant l’éducation et la formation de leurs enfants. La résistance des Boliviens lors de la mobilisation pour la guerre de l’eau face la menace de cette privatisation vitale et bien d’autres luttes encore.

Ce documentaire ne nous promet pas une nouvelle révolution, mais revivifie notre envie de participer à une réflexion collective sur ce que sera le militantisme dans les années à venir.
Comment rester mobiliser même face aux défaites qui se succèdent et au rêve d’une société nouvelle moins inégalitaire qui s’estompe.
Nous pourrons ainsi en conclusion reprendre une phrase de Daniel Bensaïd, mise en avant dans le film et qui le résume parfaitement :
« Le capital n’est pas le dernier mot de l’aventure humaine ».

Nous vous invitons vraiment à visionner le DVD « On Est Vivants » et découvrir des portraits d’hommes et de femmes plus que jamais engagés avant tout et surtout pour les autres.
Aurélie Macaire et Lionel Kessler

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On est vivants de Carmen Castillo